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Gabriel Attal premier ministre : en entreprise aussi, la jeunesse paye

Source : Le Figaro - Maud Kenigswald


En témoigne l’arrivée de Gabriel Attal, âgé de seulement 34 ans, à Matignon, la jeunesse ne constitue plus un frein à l’ascension. Le monde de l’entreprise laisse également sa chance à des profils âgés de moins de 40 ans.


Depuis l’annonce de la nomination de Gabriel Attal en tant que premier ministre, de nombreux observateurs n’ont pas manqué de souligner son âge. Du haut de ses 34 ans, il est le plus jeune à exercer cette fonction dans l’histoire de la Ve République, battant Laurent Fabius et ses 37 ans lors de son arrivée en poste. Auparavant, il faut remonter à Bonaparte qui a été premier consul à 30 ans. L’ancien benjamin du gouvernement a 27 ans de moins que son prédécesseur, Élisabeth Borne. La jeunesse représente l’avenir et c’est particulièrement vrai dans le monde de l’entreprise.


Au printemps 2023, son cas avait agité la Toile. Agathe Monpays, 28 ans, dirige depuis septembre les 144 magasins que compte Leroy Merlin en France. Sa réussite suscite l'envie, la jalousie ou l'admiration. Elle n'est pourtant pas la seule à avoir atteint le sommet de la hiérarchie de son entreprise dans la foulée de la trentaine. Guillaume Poitrinal chez Unibail-Rodamco, Florian Delmas chez Andros, par exemple, ont eux aussi assumé les plus hautes responsabilités jeunes.


Le secret de ces cadres au parcours époustouflant ? D'une part, ils sont doués et possèdent le sens du business. D'autre part, ils ont su montrer leurs qualités et leur capacité à manager. Enfin, ils ont eu la chance d'évoluer dans des groupes prêts à leur faire confiance. Ces sociétés familiales cultivent la méritocratie et le repérage des hauts potentiels n'y est pas soumis à une lourde procédure.


Agathe Monpays, un pur produit Mulliez, à la tête de Leroy-Merlin en France - 28 ans

Voici la benjamine. À 28 ans, elle s'apprête à diriger une société qui réalise près de 10 milliards de chiffres d'affaires et emploie 24.000 personnes. Une rumeur lui a même prêté des liens de parenté avec la famille Mulliez, propriétaires de l'enseigne de bricolage. Elle aurait, à ce titre, bénéficié d'un traitement de faveur. La rumeur, fausse, a été promptement démentie mais des internautes cherchent toujours une explication à cette carrière éclair. En réalité, le CV d'Agathe Monpays est classique et son parcours incarne simplement la politique de promotion interne de l'Association familiale Mulliez (AFM).


Son diplôme de l'Iéseg en poche, elle a rallié Leroy Merlin en 2016 comme cheffe de secteur à Valenciennes (Nord), avant de devenir directrice du magasin de Tourcoing (Nord) en 2020 puis des filiales de Grèce et de Chypre en 2022. La particularité de la progression réside dans sa rapidité. Ce qui n'étonne pas un bon connaisseur de la galaxie Mulliez qui déclarait il y a quelques jours : «Depuis une décennie, les sociétés Mulliez ont été touchées par la philosophie de l'entreprise libérée, qui considère le management de manière horizontale : ils favorisent la participation de n'importe quel échelon hiérarchique à la prise de décision». En arasant l'organisation pyramidale, ils identifient plus facilement leurs meilleurs éléments, sur lesquels ils peuvent capitaliser.


Ouarda Ech-Chykry, l'alternante devenue directrice générale de Kiabi - 34 ans


«C'est une belle histoire, Kiabi a cru en une étudiante de 21 ans et lui confie aujourd'hui les clés de la filiale tricolore», nous relatait Ouarda Ech-Chykry lors de sa nomination en décembre comme directrice générale de Kiabi France. Elle constitue un exemple supplémentaire de la politique des Mulliez. Arrivée en tant qu'alternante, elle a surmonté toutes les difficultés qui se présentaient pour devenir treize ans plus tard, directrice générale de l'enseigne de prêt-à-porter. Dès la fin de sa première année d'apprentissage, elle avait été repérée et son périmètre avait triplé. Elle a maintenu un rythme de carrière soutenu : directrice de magasin, de région, et, enfin, de pays.


Florian Delmas, fils d'ouvrier aux manettes d'Andros depuis ses 31 ans


«Notre chasseur de têtes m'a dit avoir sans doute vu le futur patron d'Andros.» Telle est l'impression que Florian Delmas a laissée à l'issue de son entretien d'embauche selon les confidences à LSA de Frédéric Gervoson, fils du fondateur d'Andros et président du conseil de surveillance qui lui a délégué la gestion opérationnelle. Pourtant, le garçon de 23 ans, fraîchement sorti de l'Isara, une école d'ingénieur agroalimentaire lyonnaise, ne l'entendait pas de cette oreille. Il ne souhaitait pas s'exiler à Biars (Lot) pour occuper un poste dans la recherche-développement. Sauf que le roi du fruit transformé a insisté : les dirigeants ont appelé Florian Delmas, l'ont invité et ils ont fini par le convaincre.


L'acharnement a payé. Arrivé chez Andros en 2008, le natif de Vénissieux (Rhône) passe trois ans plus tard à la tête de l'innovation. En 2014, il endosse la direction générale d'Andros Industrie puis, en 2016, de toute la filiale française, du haut de ses 31 ans . Deux ans après, il supervise tout le groupe. En août 2022, il devient le président du directoire, à 37 ans. Il pilote désormais une entreprise de 3 milliards d'euros de chiffres d'affaires. Un succès que Frédéric Gervoson attribue notamment, auprès de LSA, à «ses origines, sa sensibilité, sa modestie, son amour du monde agricole et des choses bien faites». Descendant d'une famille de maquignons de Lozère, fils d'ouvrier, il a tenu à accélérer le rythme des nouveautés, en témoignent les compotées et confitures intenses Bonne Maman, qu'il a mise au point lorsqu'il était à la R&D.


Marie Sermadiras, l'ancienne start-uppeuse qui a repris Cosfibel à 30 ans


Alain Chevassus a rencontré sa successeuse à bord d'un avion, lors d'un voyage d'affaires. En survolant l'Atlantique, le septuagénaire entrevoit en cette femme d'à peine trente ans, la suite qu'il aimerait donner à Cosfibel, la PME d'emballage de luxe qu'il a créée en 2001. Ce dimanche de janvier, en 2019, à bord du vol Paris-New York, Marie Sermardiras a eu le nez creux en préférant avancer sur ses dossiers en cours que piquer un somme. Le bruit incessant de cliquetis a éveillé la curiosité de son voisin de devant, qui l'a aussitôt cataloguée comme une bosseuse. Les formalités à l'atterrissage leur ont offert l'opportunité de bavarder et échanger les contacts.


Si le hasard peut expliquer leur rencontre, le choix d'Alain Chevassus ne doit rien à la coïncidence. Il repose sur les compétences qu'il a perçues chez la jeune femme au parcours atypique. «Elle fait preuve d'une opiniâtreté, d'une persévérance qui relèvent presque d'une ascèse», glissait-il récemment au Figaro. En 2012, à 22 ans, l'impatiente encore à HEC lançait la start-up ZenSoon, avec une camarade, Mallorie Sia. Elles ont revendu en 2015 l'application de réservation de soins de beauté au groupe japonais Recruit, qui l'a intégrée à Treatwell, plateforme réputée aujourd'hui. À peine la transaction conclue, L'Oréal a recruté Marie Sermadiras pour son expertise dans le numérique. En mai 2021, elle accepte d'embarquer dans le navire Cosfibel, dont elle récupère les commandes à l'aube de 2022.


Guillaume Poitrinal, l'ex-plus jeune patron du CAC 40 à la barre d'Unibail à 37 ans


Il s'agit d'un cas singulier : à 37 ans, à la manœuvre chez le promoteur Unibail-Rodamco, Guillaume Poitrinal est devenu le plus jeune dirigeant du CAC 40 . Il avait démarré dans la banque d'affaires, chez Morgan Stanley, à Londres. Il a toujours aimé surprendre et il a boudé le brillant avenir qui lui était promis, pour revenir dans l'Hexagone et travailler aux côtés de Léon Bressler, PDG d'Unibail.


Guillaume Poitrinal apprend vite et érige Unibail-Rodamco en leader européen de l'immobilier commercial. En 2007, son mentor lui transmet le pouvoir, alors qu'il n'a pas soufflé ses quarante bougies. «À cet âge, on ne peut jamais s'y attendre, ni se sentir prêt. Mais on y réfléchit et on comprend qu'il ne faut pas refuser cette chance», raconte-t-il aujourd'hui. Il juge que la jeunesse lui offre des avantages : elle lui donne de l'énergie, la maturité nécessaire pour comprendre ses aînés comme ses cadets et, enfin, la volonté à mener des bouleversements. À l’inverse, son impatience passe souvent pour de l'arrogance. D'autant que la nomination d'un jeune patron est accueillie avec méfiance. «Ce n'est pas plus mal, cela force à se dépasser», avance-t-il.


En 2014, il étonne encore, cette fois en rendant son tablier. Chacun y va de son hypothèse. Les uns soupçonnent qu'il est malade, les autres qu'il est menacé par un scandale qui couve. Il a simplement pris un virage en créant la start-up de l'immobilier Woodeum-WO2 qui construit des bâtiments en bois. «En France, règne l'immobilisme à des postes aussi élevés. Je crois plutôt qu'arriver tôt à ces fonctions permet de rebondir et avoir plusieurs vies», estime-t-il. 


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